Traitements et contraintes

Le groupe Traitements et Contraintes réunit de jeunes chercheuses et chercheurs travaillant sur des institutions à la croisée du social, du médical et du judiciaire.

Depuis sa création en 2012, le groupe « Traitements et Contraintes » a réuni une soixantaine de jeunes chercheuses et chercheurs en sciences sociales de différents horizons, travaillant sur des objets à la croisée du social, du judiciaire et du médical. En privilégiant une méthode de type ethnographique, notre pari est d’articuler une réflexion théorique sur les notions polysémiques de “traitement” et de “contrainte” et une approche empirique d’institutions et dispositifs variés (prison, probation, armée, hôpital psychiatrique, EHPAD, centre de rétention, tribunaux, tutelles, etc.).

Le groupe est actuellement coordonné par Julie Minoc (julie.minoc(@)gmail.com) et Tonya Tartour (tonya.tartour(@)sciencespo.fr).

Soutenance de thèse de Corentin Durand

Corentin Durand soutiendra sa thèse de doctorat en sociologie le 23 octobre 2019 à 14h30 à l’EHESS, 105 boulevard Raspail, 75006 Paris, en salle 13.

Les reconfigurations de la relation carcérale.

Sociologie des espaces de communication entre prisonnier·e·s et autorités pénitentiaires

 
Composition du jury
 
  • Philippe Bezès, directeur de recherche au CNRS (examinateur)
  • Gilles Chantraine, chargé de recherche au CNRS, HDR (rapporteur)
  • Marie-Sophie Devresse, professeure à l’Université de Louvain (examinatrice)
  • Nicolas Dodier, directeur d’études à l’EHESS, directeur de recherche à l’INSERM (directeur de thèse)
  • Liora Israël, directrice d’études à l’EHESS (directrice de thèse)
  • Yasmine Siblot, professeure à l’Université Paris 8 (rapporteure)
 
 
Résumé

Cette recherche interroge l’une des transformations que connaissent les prisons françaises contemporaines : l’ouverture et le renouvellement d’espaces de communication entre prisonnier·e·s et autorités pénitentiaires.

La prison a en effet intégré à son fonctionnement formel la possibilité pour les prisonnie·e·s d’exprimer des requêtes et des recours, sous l’effet conjoint de la densification de l’environnement normatif, de la multiplication des organes de contrôle, du développement de procédures standardisées ou encore de la promotion de nouvelles doctrines sécuritaires. Prendre au sérieux cette évolution suppose de s’intéresser à ce que ces discours font au quotidien carcéral, et tout particulièrement à leurs thématiques, relationnelles et argumentatives, mais aussi aux formats de ces communications entre prisonnier·e·s et autorités pénitentiaires, et notamment à leurs contraintes techniques, matérielles et normatives.

L’architecture de cette thèse suit pour cela quatre espaces de communication : les coursives où s’inscrivent les communications informelles et quotidiennes entre prisonnier·e·s et surveillant·e·s, les requêtes écrites par des prisonnier·e·s à des responsables pénitentiaires, les entretiens en face à face entre un·e prisonnier·e et un·e responsable et, enfin, les commissions de discipline où est mis en jeu le pouvoir de sanction formel de l’institution.

En adoptant un regard par le bas, l’analyse distincte et globale de ces espaces permet alors de décrire une économie hybride des relations de pouvoir en prison, où cohabitent, se confrontent et se renforcent des formes relationnelles souvent décrites comme irréconciliables.

Pour cela, cette recherche s’appuie à titre principal sur une enquête dans deux établissements pénitentiaires français. On y a combiné l’observation ethnographique des situations d’expression et de traitement des doléances, la réalisation d’entretiens auprès des différents acteurs de la détention et l’analyse de corpus de communication, oraux ou écrits, entre prisonnier·e·s et agents pénitentiaires.

 

Mots-clés : Prison – Droit – Pouvoir – Doléance – Discours – Travail relationnel – Espace de communication – Économie relationnelle – Bureaucratie – Écrit – Encadrement intermédiaire – Pouvoir discrétionnaire – Commissions de discipline – Expérience carcérale

Soutenance de thèse de Vianney Schlegel

Vianney Schlegel a soutenu sa thèse de sociologie le lundi 30 septembre 2019 à 13h dans la salle des évènements de la Faculté des Sciences économiques et sociales (bâtiment SH2) de l’Université de Lille.

Question sociale, question médicale.

La professionnalisation de la prise en charge des personnes sans-domicile en France.

Composition du jury

  • Maryse Bresson, Professeure à l’UVSQ, Printemps – Rapporteure

  • Didier Demazière, Directeur de recherche CNRS à Sciences Po Paris, CSO – Examinateur

  • Vincent Dubois, Professeur à l’Université de Strasbourg, SAGE – Examinateur

  • Dominique Duprez, Directeur de recherche CNRS à l’UVSQ, CESDIP – Directeur de thèse

  • Pascale Pichon, Professeure à l’Université de Saint-Étienne, CMW – Rapporteure

  • Bernadette Tillard, Professeure à l’Université de Lille, CLERSÉ – Directrice de thèse

 

Résumé

Alors que le nombre de personnes sans-domicile n’a cessé d’augmenter depuis les années 1980, la « question SDF » a fait l’objet d’une réponse sociopolitique de plus en plus spécialisée. Afin d’analyser cette réponse, la thèse étudie la professionnalisation de la prise en charge des personnes sans-domicile en France. Elle s’appuie sur une enquête ethnographique et par entretiens (n=77) réalisée dans divers dispositifs d’accompagnement et de soins : accueil de jour, centre de santé, dispositifs de veille sociale et sanitaire, hébergements médicalisés ou non, réunions et commissions partenariales. Des éléments statistiques et archivistiques complètent l’analyse. L’étude restitue d’abord le rôle déterminant des professionnels de santé dans la formation d’un espace pluridisciplinaire et spécialisé de prise en charge. Elle se focalise ensuite sur le quotidien du travail d’accompagnement et de soin : à travers une division du travail originale, travailleurs sociaux et professionnels de santé sont engagés dans des relations de coopération et de concurrence pour répondre aux problèmes qu’ils ont à traiter. L’analyse se concentre finalement sur les modalités de régulation et d’harmonisation des pratiques et des représentations professionnelles. La formation d’une culture professionnelle commune facilite les échanges et les passages de relais entre professionnels, tout en réaffirmant les domaines de compétences de chacun. Inscrite au croisement de la sociologie des groupes professionnels et de la sociologie des politiques sociales, la thèse montre la multiplicité des mécanismes et des processus à l’œuvre dans la professionnalisation de la prise en charge des sans-domicile. Celle-ci forme une juridiction partagée entre les professionnels du travail social et de la santé qui luttent, coopèrent et se coordonnent selon des modalités et des temporalités diverses pour prendre en charge la question SDF.

Soutenance de thèse de Thibault Ducloux

Thibault Ducloux a soutenu sa thèse de sociologie le 22 novembre 2018 au Centre Maurice Halbwachs à Paris.

Le ballon des pèlerins.

Sociogenèse du recours au religieux dans les trajectoires carcérales

Composition du jury

  • Léonore Le Caisne, CNRS/EHESS.
  • Frédérique Matonti, Paris I.
  • Patrick Michel (directeur), CNRS/EHESS.
  • Vincenzo Pace, Università di Padova.
  • Serge Paugam, CNRS/EHESS.
  • Nancy Venel, Lyon II.
Résumé

Partant du constat d’une diversification des comportements des personnes incarcérées, ce travail de thèse se propose de modéliser les processus de socialisation se déployant au sein de la configuration carcérale. En effet, au regard des vies qu’ils ont vécues, les prisonniers adoptent des postures et des pratiques inédites. Mais, en réalité, l’ampleur des effets empiriquement observables de ces dynamiques contredit l’espoir de pouvoir décrire ces dernières en abordant de front le phénomène de la diversification. Comment les prisonniers sont-ils socialement amenés à adopter les pratiques qu’ils adoptent ? Embrassant une démarche indistinctement diachronique et indicielle, l’analyse se dote d’un outil sociologique à même de révéler les mouvements agitant la vie des gens en prison : Le recours au religieux.

Soutenance de thèse de Lara Mahi

Lara Mahi a soutenu le vendredi 5 octobre 2018 une thèse de doctorat en sociologie.

La discipline médicale.

Ethnographie des usages de normes de santé et de savoirs médicaux dans les dispositifs de la pénalité

  

Composition du jury

  • Janine Barbot, Directrice de recherche, Inserm (Rapporteure)
  • Marc Bessin, Directeur de recherche, CNRS (Rapporteur)
  • Philippe Combessie, Professeur, Université Paris Nanterre (Directeur de thèse)
  • Isabelle Coutant, Chargée de recherche, CNRS
  • Nicolas Duvoux, Professeur, Université Paris 8
  • Liora Israël, Maîtresse de conférences, EHESS
  • Corinne Rostaing, Professeure, Université Lumière Lyon 2

Résumé

La prison fait l’objet d’un nombre croissant de publications biomédicales depuis les années 1980, en France, comme dans la plupart des pays occidentaux industrialisés, mettant l’accent sur les prévalences élevées de certaines affections chroniques parmi la population carcérale. Comment se fait-il que tant de personnes emprisonnées ont des « problèmes » de « santé » ? Cette thèse entreprend de répondre à cette question en appréhendant la santé non pas comme un état, mais comme une norme. À partir d’une enquête ethnographique associant observations de pratiques judiciaires, monographies des services médicaux d’établissements pénitentiaires, entretiens, statistiques et étude de corpus d’articles scientifiques, elle s’attache à montrer, pas-à-pas, selon une approche processuelle, comment la chaîne pénale produit des « malades » en confrontant les individus saisis par ses dispositifs à des normes de santé et à des savoirs médicaux. À la croisée d’une sociologie des institutions, d’une sociologie de la médecine et d’une sociologie de la connaissance, en étant à la fois attentive à des pratiques bureaucratiques, à la construction de décisions (pénales, gestionnaires et médicales), aux conditions concrètes de réalisation d’études biomédicales en maison d’arrêt et à leurs effets, à des rhétoriques judiciaires et scientifiques, aux activités professionnelles qui constituent le soin en prison et à l’appropriation socialement différenciée de ce travail par les détenus, l’enquête permet de comprendre comment le pouvoir médical se déploie, au présent, de façon discrète et diffuse, dans et par des institutions ne se donnant pas pour première mission de soigner.