Activités 2017-2018

15 octobre 2018

Atelier « Faire, défaire, faire avec : réflexion croisée autour des “marges de manœuvre” dans des institutions et dispositifs coercitifs »

Présentation par Angeliki Drongiti, Hugo Wajnsztok, Sébastien Saetta et Julie Minoc

    
S’évader, (s’)en sortir, jouer, négocier, collaborer, s’adapter, parlementer, revendiquer, contester, faire valoir ses droits, s’approprier son temps et ses espaces, obtenir des avantages, se distinguer, se taire, dissimuler, etc., autant de modalités d’expression et/ou d’action qui dessinent des conduites – collectives ou individuelles – que nous renvoyons ici de manière élargie aux « marges de manœuvre », tout en souhaitant questionner la définition et circonscription de cette notion lors de cet atelier. 
 
Les institutions et dispositifs coercitifs qui nous occupent dans le groupe sont continuellement irrigués, remis en cause mais aussi maintenus par des arrangements avec l’ordre et la norme, des formes d’expression, d’indiscipline ou d’ajustement, de la part des personnes sur qui s’exercent le traitement et la contrainte, mais aussi de celles qui l’exercent (Spire, Dubois, Dworkin, Evans et Harris, Bourdieu, Lascoumes et Le Bourhis, Evans et Harris). Depuis les années 1970, les travaux en sciences sociales prenant ces « marges de manœuvres » comme point d’entrée, d’analyse ou d’arrivée se sont multipliés, et ce, tant pour mieux comprendre les logiques propres de l’ordre institutionnel, que pour s’opposer à une littérature insistant sur son caractère déshumanisant, aliénant ou désubjectivant. 
 
Si nous nous plierons à un nécessaire exercice de cadrage théorique, l’objectif de cet atelier n’est cependant pas de faire un état des lieux de cette littérature foisonnante et des notions qui peuvent lui être associées – résistances (Foucault), stratégies (Bourdieu), adaptations secondaires (Goffman), négociations (Strauss), tactiques, ou bien encore « art du faible » (de Certeau), avec l’acception propre à chacun de ces auteurs -, mais bien de rendre compte et surtout de discuter à partir de nos différents terrains et objets des conditions de possibilité de ces marges de manœuvre, de la manière dont elles se déploient pratiquement et de comment elles participent (ou non) à l’institutionnalisation elle-même (Hmed et Laurens, 2010 :132). S’inscrivant au cœur des dynamiques institutionnelles, elles nous semblent en effet constituer une excellente occasion de questionner les frontières et les fonctions des institutions et dispositifs coercitifs d’une part, le “pouvoir d’agir” et “l’intentionnalité” des acteur.e.s d’autre part. Témoignent-elles de la volonté intentionnelle des acteur.e.s de renégocier les limites en adoptant des stratégies obliques de l’institution ou bien ces actions s’inscrivent dans l’économie inhérente d’un système organisé dont l’objectif est de maintenir son autorité et sa reproduction tout en garantissant l’encadrement de ses publics ? Autrement dit, les voies marginales sont-elles déjà toutes entières contenues dans et d’une certaine manière contrôlées par l’institution ou autorisent-elles de véritables ouvertures et voies de sortie pour les acteur.e.s qui les empruntent ? Et pour quels acteurs le cas échéant ? Selon quelles conditions de possibilité ?

 

 

23 novembre 2018

Atelier de discussion autour de Malcolm Feeley

 

Le groupe “Traitement et contraintes” organise, le vendredi 23 novembre de 13h à 16, un atelier de discussion avec Malcolm Feeley, professeur de droit émérite à l’université de Berkeley (Californie) et invité à l’EHESS.

Figure centrale du courant Law and Society aux Etats-Unis, Malcolm Feeley est l’auteur de nombreuses contributions décisives dans le champ des études de la pénalité. On peut notamment citer The Process is the Punishment (1979) sur le traitement judiciaire d’infractions mineures, (avec J. Simon) “The New Penology: Notes on the Emerging Strategy of Corrections and Its Implications” (1992) sur l’émergence d’une rationalité pénale actuarielle, Judicial Policy Making and the Modern State (1998) sur l’intervention judiciaire relativement aux prisons américaines. Ses derniers travaux s’intéressent à la place des femmes dans la chaîne pénale ainsi qu’à la privatisation des prisons.

L’atelier sera l’occasion d’un retour sur cette trajectoire intellectuelle pour saisir les mutations de l’ordre punitif américain. En particulier, nous avons demandé à Malcolm Feeley de revenir sur ses réflexions sur le rôle des rationalités pénales, la judiciarisation des institutions répressives et la privatisation des prisons. Nous nous appuierons notamment pour cela sur la lecture des articles suivants :

La discussion sera introduite par une présentation de l’auteur et animée par les membres du groupe. Les échanges se feront en anglais. L’atelier aura lieu à l’EHESS, 105 boulevard Raspail (Paris 6e), salle 4.