Activités 2012-2013

 

Mercredi 22 mai 2013 – Séance du groupe de travail (EHESS, Paris)

 

Contrainte et émancipation

 

Face aux institutions fermées et régaliennes, la recherche empirique se penche fréquemment sur les modalités d’exercice du monopole de la violence légitime. L’objectif est alors d ‘étudier la façon dont se concrétise la coercition, la contrainte, de mesurer la violence qui se déploie dans les dispositifs institutionnels et les interactions qui y ont cours. Prenant le contrepied de cette approche (évidemment indispensable et incontournable), nous aimerions explorer les faces moins sombres de la “contrainte”, les moments où celle-ci est suspendue, renversée. Dans quelle mesure la contrainte peut-elle être émancipatrice à la fois par ses effets propres et par les réactions, résistances, revendications qu’elle peut susciter? Il ne s’agit évidemment pas ici de reproduire, en l’inversant, une lecture dichotomique et manichéenne de ce qui a cours dans ces institutions, mais bien d’explorer non pas ce que la contrainte empêche, contraint ou étouffe, mais ce qu’elle peut engendrer, créer ou libérer dans les institutions fermées.

Louise Tassin (Urmis, Paris 7) « Du silence à l’émeute, les centres de rétention à l’épreuve de leur contestation »

Joël Charbit (Clersé, Lille 1) « La parole prisonnière face à l’institution : entre contestation, marge de manœuvre et politiques de sécurité pénitentiaire »

Corentin Durand (CMH) « La critique comme ordre négocié. Analyse de doléances adressées par des prisonniers au Contrôleur général des lieux de privation de liberté »

 

 

Mercredi 20 mars 2013 – Séance du groupe de travail (MSH, EHESS, Paris)

 

Place et usages des savoirs “psy” dans les institutions fermées

 

La séance du 20 mars a porté sur la place des « spécialistes de l’âme » et sur les usages des « savoirs psy » dans des institutions plus ou moins fermées et plus ou moins coercitives (de l’école à la prison, en passant par l’armée ou les foyers). Les réflexions autour de la psychiatrisation ou de la psychologisation du social ne sont pas nouvelles, mais ces phénomènes – qu’il s’agit bien sûr de qualifier – semblent traverser les institutions contemporaines de gestion des populations. On observe ainsi dans des institutions aussi différentes que l’école primaire ou les centres de rétention de sûreté, la mobilisation profane ou professionnelle de savoirs et de lexiques psychologisant, comme si la perspective « psy » était devenue un prisme de lecture incontournable des comportements. Il s’est donc agi dans cette séance de problématiser cette présence « psy », d’en étudier la genèse et les acteurs.

Yannis Gansel (IRIS, EHESS), « Le traitement de la dangerosité adolescente et malaise des professionnels: vers un problème public? »

Camille Lancelevée (IRIS, EHESS, CMB, Berlin), « Contre, tout contre: la place des « psy » en milieu carcéral en France »

Anne-Sophie Vozari et Zoé Rollin (IRIS, EHESS), « Le recours aux “savoirs psys” : une ressource professionnelle dans les secteurs médico-socio-éducatif ? »

Et dans le cadre de l’atelier « Actualités de la recherche » :

Nicolas Fischer (CNRS, Cesdip) « A propos du concept « d’économies morales ». Retours sur le programme ERC (European Research Council): towards a critical moral anthropology? »

 

 

 

Mercredi 23 janvier 2013 – Séance du groupe de travail (EHESS, Paris)

 

Prendre en charge: mais de quoi parle-t-on?

 

La notion de “prise en charge” semble devenue omniprésente, à la fois dans les discours institutionnels mais également dans les travaux de sciences sociales, comme si ce terme permettait d’effacer tout sous-entendu normatif quant au contenu et à la forme du traitement auxquels sont soumis les individus confrontés aux institutions. Dans la même veine, certains paradigmes envahissent le travail social, pénal, médical, éducatif tant sur les formes que prend la “prise en charge” (l’accompagnement, l’écoute), que sur ses outils (le contrat, le pacte, la pluridisciplinarité) ou ses objectifs (l’autonomie, la responsabilisation, l’intégration, etc.). Ces termes relèvent-ils d’une certaine “novlangue” institutionnelle ou traduisent-ils une transformation des modes d’intervention? Dans quelle mesure sont-ils repris par les chercheurs au détriment de concepts plus traditionnels (le contrôle social, la domination, le gouvernement des populations, l’assujettissement, etc.)? Serait-il devenu plus difficile de qualifier ce que les institutions font aux individus?

Wassim El Golli (IRIS, EHESS), « La présence éducative au prisme de l’intersectionnalité : mineures étrangères isolées face à l’État social »

Camille Gourdeau (URMIS, Université Paris Diderot), « Retour sur les débuts du Contrat d’accueil et d’intégration (CAI), de l’action sociale à la gestion administrative des étrangers »

Jean-Sébastien Alix (CADIS, EHESS), « La prise en charge socio-éducative : se déprendre de la solidarité au profit de la responsabilité »

Et dans le cadre de l’atelier « actualités de la recherche » :

Cédric Le Bodic (CFV, équipe de recherche Germes, Université de Nantes), « Autour de Prescrire, proscrire. Enjeux non médicaux dans le champ de la santé, ou comment soigner le non malade »

 

 

 

Mercredi 21 novembre 2012 – Séance du groupe de travail (MSH, EHESS, Paris)

 

Approcher les institutions: le chercheur face à la contrainte

 

Lors de cette séance, nous interrogeons les rapports que nous, chercheurs, entretenons avec les institutions dans lesquelles nous enquêtons. Il s’agit d’une part de compléter le classique questionnement autour de l’accès à des terrains souvent difficiles par une réflexion sur les “non-accès”, sur les “lieux inaccessibles” qui peuvent constituer des angles morts de la recherche. Est-il possible et, si oui, avec quelle méthode, quels enjeux et quelle légitimité, d’enquêter sur les espaces interdits aux chercheurs? Dans quelle mesure le contexte politique peut-il conditionner le choix d’un objet, le déroulement d’une enquête ou, en influant de façon plus diffuse sur le climat de la recherche, orienter ses résultats?

Un deuxième axe de réflexion porte sur la question de la “juste” distance du chercheur à l’institution. Comment s’émanciper des jugements moraux qui saturent les institutions pénales, sociales et médicales, s’étendant parfois même au domaine public ou scientifique? Comment le chercheur, qui peut aussi être acteur de l’institution, parvient-il à objectiver les discours institutionnels, souvent légitimés par des rapports d’experts autorisés qui définissent une forme de “doxa institutionnelle” difficilement contournable? Comment développer une analyse critique des rationalisations de l’institution qui ne verse ni dans la dénonciation ni dans l’angélisme?

Ana Marques (EPS de Ville Evrard et GSPM, EHESS), « Etre chercheur et acteur sur le terrain : enjeux méthodologiques »

Alexia Jonckheere (INCC ,Bruxelles), « Quelle(s) place(s) pour le chercheur relevant professionnellement du lieu qu’il observe ? »

Et dans le cadre de l’atelier « Actualités de la recherche » :

Mathilde Darley (CNRS, Centre Marc Bloch, Berlin), « A propos du programme TerrFerme: quelles méthodes pour approcher les dispositifs contemporains d’enfermement? »